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Alain Baritault, journaliste et consultant aux USA

Alain Baritault est journaliste free-lance et consultant aux US où il vit depuis 13 ans. Il a travaillé comme journaliste dans différents magazines en France comme Temps Micro, Décisions informatiques. Nous l'avons interviewé pour avoir un aperçu de son métier et de sa vie aux Etats-Unis.

Pourquoi avez-vous souhaité vivre aux Etats-Unis ?

J'étais rédacteur en chef de Temps Micro du Groupe Test. Je m'emmerdais un peu et un ami m'a dit: "Pourquoi tu ne te tires pas aux Etats-Unis?". A la suite de coïncidences, j'ai été nommé correspondant permanent de 01 informatique en Californie. J'ai monté mon projet moi-même avec une société amie du Groupe. J'avais un ami aux US qui m'a trouvé un appart' à Palo Alto.

Quel a été votre parcours là-bas ?

J'ai eu la chance de travailler dans une société américaine avec qui le Groupe Test avait passé un accord, ce qui m'a permis d'être bien inséré dans le monde journalistique. A l'époque, j'envoyais mes papiers par fax. Ma première interview, c'était Bill Gates, un coup de pot.

Il est sympa?

Moyen. J'ai eu l'impression d'un zombie…

Comment êtes-vous passé du journaliste dédié à un seul journal au journaliste pigiste et consultant ?

Au bout de quelques années, j'ai eu un nouveau rédacteur en chef arrivé à Paris avec tous ses copains. Ils ont voulu changer les conditions de mon contrat, je gagnais très bien ma vie mais je bossais comme un dingue. J'ai démissionné et ai travaillé pour Sciences & Vie Micro. Je suis resté deux ans. Progressivement je suis devenu balaise en micro-informatique. J'ai vu la révolution informatique en France et aux US, la montée de Microsoft et de la nouvelle économie.
Après, je me suis mis en free lance en faisant des piges à droite à gauche pour 01 Informatique, le Revenu Français, La Tribune..etc. Je me suis lancé dans le consulting et j'aide des sociétés à s'installer aux US. Vivre sur des piges uniquement, c'est pas possible. Le journaliste américain peut y arriver car le phénomène de la syndication existe qui leur permet de faire leurs articles pour plusieurs journaux. En France, c'est le canard qui revend l'article pas le journaliste.

Comment vous êtes-vous débrouillé côté formalités d'immigration?

J'avais un visa de journaliste renouvelable tous les ans. Ensuite j'ai gagné la carte verte à la loterie. Je pensais que je n'en aurais pas besoin mais en fait, cela m'a bien servi pour monter le business que je voulais.

Qu’est-ce qui vous a surpris à votre arrivée aux US ?

Pour tout Européen BCBG, on a l'impression que les Etats-Unis et l'Europe, c'est pareil. En fait il y a un gros clivage culturel. Cela m'a pris deux ans pour comprendre la mentalité des Américains.

Quels sont, selon vous, les plus grands traits de caractère des Américains ?

Les Américains sont très perméables, très ouverts mais ça glisse au niveau relationnel. Il est difficile de nouer des relations durables et profondes avec des Américains. C'est une petite déception.
Question business, c'est le pied. J'apprend plein de choses. C'est clair, on parle d'argent. On parle pas de sexe. En France c'est l'inverse. C'est facile de le dire mais il faut l'intégrer.

Comment voyez-vous le Français et l'Américain?

Ce que j'ai découvert: le Français est un mec créateur, très analytique, mathématique alors que l'Américain est un homme de process.
Si vous dites à un Français, on voudrait que tu fasses ça avec telles ressources. Il se sera baladé de droite à gauche, il n'arrivera pas à ce que vous lui avez demandé. Parfois, vous aurez un truc génial. Souvent, ça arrive à des moutons à 5 pattes…L'Américain, il va faire la première étape, la deuxième étape, la troisième étape et il arrivera à faire ce qu'on lui a demandé. L'Américain, il fait, l'Européen, il pense plus à ce qu'il va faire. Cela a des inconvénients et des avantages.

Qu’appréciez-vous aux Etats-Unis ?

L'Américain vit dans le futur, sur des projections futures. Cela a donné la nouvelle économie, la bulle spéculative et le casse-gueule! Les Américains ont une capacité à tout mettre à plat et recommencer à zero.

Et qu’est-ce que vous aimez moins ?

L'aspect relationnel. Je rencontre des gens avec qui je passe une soirée entière à discuter. Le lendemain matin, je les rencontre à nouveau et ils me reconnaissent à peine. Les Américains manquent de chaleur, ils sont très superficiels.

Quel est votre plat américain préféré?

Plutôt aucun. Si, le brocoli. Aussi, je suis un fanatique de thé. Tous les matins, toute l'année, je vais chercher mon citron dans l'arbre, c'est la Californie!

Quels conseils donneriez-vous aux Français qui s’installent ?

Un Français à l'étranger est plus seul qu'un autre étranger parce-que la structure française n'accompagne pas. On n'est pas aidé à s'exporter. Le conseil que je donnerais n'est pas celui de s'installer dans la Silicon Valley car c'est un monde particulier. Sauf dans l'informatique, c'est l'endroit où il faut être.

Quels conseils donneriez-vous à des entreprises françaises qui souhaitent s'implanter aux US?

Arriver à mettre en place une équipe française et américaine, c'est une équipe qui tue. Les Américains savent faire de la façade et les Français labourent derrière la façade. Le Français, s'il est intelligent, il se met en retrait avec un Américain qui fait la façade.

Si vous deviez rentrer en France, qu’est-ce qui vous manquerait des US ?

Le fait de ne plus être au cœur de l'action. En matière de technologie, c'est toujours à la Silicon Valley que cela se passe.

 

Pour contacter Alain

Entretien réalisé en novembre 2001

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