Vous avez décidé de partir aux Etats-Unis ou vous y vivez, ce pays vous fait rêver mais vous avez subi quelques déceptions et vous aimeriez un peu mieux comprendre les Américains ?
Il est toujours plus facile pour bien s'intégrer et communiquer de savoir de quoi et avec qui on parle. La communication, c'est l'art d'être compris, il est donc préférable de connaître et comprendre du mieux possible son interlocuteur...Nous avons analysé (sans parler de divan...), essayé d'expliquer, de comparer les Français et les Américains dans leurs réactions, leurs agissements, leurs réflexions...Ces articles ont été publiés dans le journal France Service. Envoyez nous aussi vos commentaires, parlez nous de vos expériences de manière à enrichir notre compréhension à tous de l'Amérique
Vous aussi, faites nous part de vos expériences au contact des américains, à contact@europusa.com
"I will call you and we'll have dinner" vous a dit en partant le sympathique Ingénieur que vous avez rencontre au cours d'une soirée chez des amis. Votre hôte vous l'avait présenté et, tout de suite, était né entre vous une entente bien agréable. Vous vous étiez découverts des intérêts en commun. Lui, comme vous, faisait de la photographie à ses heures libres. Lui, comme vous, descendait en radeau les rivières de l'Ouest. Il avait évoqué le charme, la beauté de la France, qu'il avait visitée à plusieurs reprises. Cet homme semblait à la fois sensible et dynamique. II parlait de son travail avec enthousiasme. Après son départ, vous vous êtes félicité d'avoir fait sa connaissance et avez eu hâte de le rencontrer à nouveau. Mais... il ne vous a pas rappelé.
Vous vous demandez si c’est une exception ou la règle de conduite normale d’un Américain ?
Les Français nouvellement établis à Los Angeles ou ailleurs aux Etats-Unis racontent souvent à d'autres Français des histoires semblables à celle-ci. Ils ne comprennent pas ce qui s'est passé. "Cet Américain était si sympathique. On s'entendait bien. Il a agi envers moi comme s'il ressentait beaucoup d'amitié pour moi. Pourquoi n'a t-il fait aucun effort pour que l'on se retrouve?" disent-ils. Cette conduite les déconcerte, les chagrine, les irrite. Ils découvrent, souvent douloureusement, en quoi les Américains, et tout particulièrement les Californiens, diffèrent des Français.
Les différences entre les Français et les Américains
Les Américains, et tout particulièrement les Californiens, diffèrent sur certains aspects des Français. Malgré leur cordialité naturelle, les Américains ont, en général, un sens de l'amitié moindre par rapport aux Français. L'amitié occupe une place moins importante dans leur vie. Il y a, naturellement, des exceptions, surtout parmi ceux qui ont vécu à l'étranger. Mais le phénomène que je viens d'évoquer reste la règle. A quoi cela est-il dû ? Voici une tentative d 'explication, sommaire sans doute, mais, je l'espère, utile.
Tentative d'explication
D'abord, ce moindre sens de l'amitié est lié à la nature particulière de l'individualisme américain.
Le Français a une personnalité, des sentiments, des opinions affirmés, mais c'est dans ses rapports avec les autres qu'il les exprime. L'individualisme français se conjugue d'un sens de la communauté, de la cité. Le Français s'épanouit en compagnie de son prochain, de sa famille certes, mais aussi de ses amis, ses collègues et tous les habitants de son quartier, de son village: l'épicier, le boulanger, le libraire, etc. Le café-bar reste, sans doute, la plus française des institutions.
En revanche, l'Américain de race blanche (le Noir ou le Latino-Américain agit différemment) exprime moins que le Français ce qu'il ressent. Il est aussi plus discipliné dans sa vie sociale, professionnelle et civique. Par ailleurs, il a une conception plus "autonomiste" de l'individu, une conception qu'on pourrait qualifier "d'héroïque".
Une conception qu'on pourrait qualifier "d'héroïque"
Depuis plus de deux siècles, l'idéologie régnante de cette société est une exaltation de l'individu, de ses droits comme de sa capacité productive. Encore aujourd'hui, l'Amérique c'est pour les peuples du monde entier, le pays où un homme, quelles que soient ses origines, peut, par son talent et ses efforts, accomplir de grandes choses et devenir riche. Historiquement, la vision "héroïque" de l'individu qui prévaut ici est ancrée dans l'éthique puritaine, selon laquelle l'homme pécheur s'assure une place au ciel dans l'au-delà par un travail assidu ici-bas.
Trois siècles après les puritains, la valeur du travail purificateur anime toujours l'Amérique. En conséquence, la plupart des Américains donne la priorité à leur vie professionnelle, aux dépens de leur vie familiale et, plus encore, de leur vie sociale.
Et l'amitié dans tout ça?
A leur quête de réussite professionnelle, les Américains sacrifient souvent l'amitié
Ils travaillent de longues heures et passent le temps qui leur reste en famille. Quand ils sont célibataires et qu'ils ont une certaine éducation, ils s'adonnent souvent à des activités extra professionnelles, par exemple des cours du soir dans des "adults schools", des "community colleges" ou des "university extensions" ou encore des stages de recyclage ou de formation permanente. Parfois, ils cultivent leur corps aussi bien que leur esprit en pratiquant un sport ou en faisant de la culture physique. La plupart de ces activités astreignent l'individu à une discipline solitaire, même si elles ont lieu parmi un groupe. Ainsi les Américains qui ont un certain niveau d'éducation sont-ils chacun son propre "héros" qui, par l'effort, se parfait, se promeut. Tout en leur procurant une satisfaction personnelle, cette quête de dépassement les isole les uns des autres.
Même lorsqu'ils choisissent de se divertir, ils restent souvent solitaires.
Une nouvelle étude d’opinion* nous éclaire sur le renouveau de sympathie entre les Etats-Unis et la France après des relations mises en mal entre les 2 pays à la suite des prises de position de la France vis-à-vis de l’intervention américaine en Irak.
Ce sondage d’opinion confirme le retour à la forte sympathie réciproque entre les deux pays. Sept personnes sur dix en France (71%) et aux États-Unis (70%) estiment que les deux pays sont «partenaires », ce qui est le pourcentage le plus élevé en dix ans de sondage.
En 2010, deux tiers des Français (65%) déclarent aimer les Etats-Unis alors qu’en 2005 ils n’étaient qu’un tiers (31%).
De même, en plus faible proportion cependant, les Américains sont plus nombreux aujourd'hui (48%) qu'ils ne l'étaient en 2005 (31%) à dire qu'ils apprécient la France.
Entre 29 et 38% d’Américains et entre 30 et 48% de Français déclarent envisager la possibilité de travailler, vivre ou étudier dans l'autre pays. C’est le plus fort pourcentage enregistré de ces dix dernières années (35% d’augmentation en moyenne par rapport à 2000).
Ouf, l’amitié franco-américaine a de beaux jours devant elle !
* Ce sondage se base sur un échantillon de 1010 Américains et 1016 Français, sondage réalisé par Harris Interactive en 2010.
Les Américains qui ont une certaine éducation sont, en général moins enclins que les Français à s'investir émotionnellement dans de solides amitiés, comme nous venons de le voir. Animés depuis toujours par l'éthique protestante du travail, ils privilégient leurs quêtes de réussite professionnelle et sociale aux dépens de leurs relations personnelles. Mais leur penchant moindre, à former des liens riches et durables, a d'autres origines historiques et culturelles. Nous allons, sommairement, en décrire deux dans cet article.
Quelques raisons historiques
Pendant presque trois siècles, l'Amérique resta, pour les immigrants venus d'Europe, un continent à découvrir, à coloniser. Certains s'établirent dans les villes de la côte Est, d'abord petites puis grandes, et y fondèrent des commerces, des industries. D'autres s'établirent dans les campagnes de cette même région du pays, pour y cultiver la terre. D'autres encore traversèrent des étendues vastes et sauvages avant de se fixer et de former des communautés relativement petites et isolées. Ces aventures n’ont pu se concrétiser que grâce à de nombreuses qualités…
A tous, il fallut beaucoup de courage, de ténacité et d'esprit d'initiative pour prévaloir contre les dangers et les difficultés qu'ils affrontèrent et pour prospérer. Il leur fallut aussi apprendre à ne compter, autant que possible, que sur eux-mêmes. L'aide des voisins était, certes, parfois indispensable mais chacun aspirait à construire sa vie par lui-même. De génération en génération, les Américains ont cultivé ces vertus de pionniers et de "self-made men".
Le self made man
Les vertus de pionniers et de "self-made men" ont été, et sont toujours, incarnées par les héros du cinéma et de la télévision. Ayant eu, depuis l' enfance, des modèles tels que John Wayne et Humphrey Bogart, les hommes américains se veulent, à leur image, forts, indépendants, virils. La contrepartie de cette hypermasculinité, c'est une réticence a partager ses sentiments intimes - ses craintes, ses peines, et même ses joies - avec autrui.
Américains et sentiments intimes
Les hommes américains, c'est connu, ont du mal à se montrer vulnérables, à s'épancher, même avec leurs femmes. Ils veulent rester "forts". Leur réticence émotionnelle, le revers de leur souveraine virilité, explique donc aussi leur peu d'inclination aux amitiés profondes. Les femmes américaines, elles, souffrent de ce manque d'intimité dans le couple mais, pour la plupart, le subissent passivement.
Particularité pour les femmes
Parce qu'elles ne sont pas conditionnées à occulter leurs émotions comme les hommes, elles ont généralement entre elles des relations plus profondes que les hommes n'en ont entre eux ou avec elles. Certaines, néanmoins, acquièrent des qualités traditionnellement masculines et, ce faisant, s'endurcissent.
Si les Américains manquent de profondeur dans leurs rapports personnels, cela a aussi une autre cause : l'intense esprit de concurrence qui imprègne leur société.
Compétition permanente
Dès l'enfance, on les incite à se distinguer, à gagner. Même a l'école primaire, ils reçoivent plusieurs notes dans chaque matière (pour l'aptitude, l'effort, etc.). Les meilleurs élèves obtiennent, chaque mois, un prix du directeur. Ces efforts, ils doivent les poursuivre pendant toutes leurs études…
Au niveau secondaire, il leur faut étudier assidûment pour être ensuite admis à un bon "college" ou une bonne université. Dans le processus d'admission sont pris en compte leurs notes de "high school" mais aussi leurs résultats dans un examen national, le "Scholastic Aptitude Test". Dans les universités, dont les diplômes ont plus ou moins de valeur selon la réputation de l'institution, les étudiants aspirent à atteindre une moyenne suffisante dans leurs notes pour être inscrits, chaque semestre, sur la prestigieuse "Dean's List". Aux niveaux secondaire et universitaire, la concurrence est vive également sur les terrains de football, de base-ball, de basket-ball ou briller c'est s'assurer l'admiration de ses camarades. Qu’en est-il à l’âge adulte ?
Qu'en est-il à l'âge adulte ?
A l'âge adulte, la concurrence se poursuit sur le lieu de travail: dans les bureaux, les laboratoires, les ateliers. La plupart des Américains s'efforcent de s'y mettre en valeur et mesurent leur performance professionnelle par rapport à celle de leurs collègues.
Outre les promotions, des prix, tels que ceux au "meilleur employé du mois" ou "de l'année", encouragent l'émulation. Chacun sait qu'il peut augmenter ses revenus rapidement s'il fait preuve de talent et d'assiduité, ou bien se retrouver à la rue, encore plus rapidement, s'il n'est pas productif. On voit bien les avantages de ce système mais également les dangers qu’il engendre…
Les dangers du système
La concurrence est la loi du système de la libre entreprise, lequel donne aux hommes la chance de développer pleinement leurs dons naturels. Il est, en grande partie, à l'origine de l'extraordinaire prospérité de ce pays. Mais la fervente quête de réussite à laquelle sont conditionnés les Américains depuis l'enfance en a fait, en général, des êtres dont l'affectivité est faible par rapport à celle des Français. Leur sens de leur identité étant intimement lie à leurs accomplissements professionnels, ils donnent la priorité à ceux-ci et négligent leurs relations personnelles. Prisonniers d'un individualisme "héroïque", ils luttent pour élever leur condition sociale et pour s'enrichir mais ils ne savent pas partager leur coeur. En conséquence, ils sont souvent terriblement seuls.
Profonde solitude
C'est un paradoxe de l'Amérique: ce même esprit de concurrence qui contribue à l'enrichir matériellement, l'appauvrit moralement..
L'individualisme français, nous l'avons vu dans notre dernier article, se conjugue, lui, d'un sens de la communauté, de la cité. Les Français, en général, s'épanouissent ensemble. La France a, elle aussi, bien évidemment, un système de libre entreprise. Mais, parce que l'État y joue un plus grand rôle qu'ici et parce que les syndicats y sont plus puissants, les employés y sont plus protégés dans leur travail. Ceci reflète le fait que la France soit, idéologiquement, plus à gauche que les USA. L'instinct de concurrence y existe aussi, dans les écoles, dans les universités, dans les entreprises, mais il y est moins aigu qu'ici. Il n'y nuit pas à la qualité des relations humaines comme ici.
Dans cet article, et le précédent, j'ai tenté de caractériser les Américains qui ont une certaine éducation d'une manière générale. Il va sans dire que, dans ce grand pays, il y en a beaucoup qui ne partagent pas les traits collectifs que j'ai dépeint.
Récit de ma cousine en Amérique sur le patriotisme américain
Ma cousine avait décidé de passer ses vacances dans ce grand pays en visitant quelques "hot spots" touristiques: Orlando, Las Vegas et Los Angeles.
A son retour, je lui demandai de me raconter son voyage. Pour éviter de tomber dans les clichés, je ne vous résumerai que quelques anecdotes symboliques sur le patriotisme américain.
Tout d'abord à Orlando. L'intérêt principal de cette ville est de visiter les grands parcs d'attraction: Disneyworld, Universal Studios, Sea world…etc. C'est ainsi qu'avant le commencement de l'attraction vedette de Sea World, celle avec l'orque Shamu, un film de quelques minutes fût projeté à tous les spectacteurs sur les soldats américains en guerre en Irak suivi d'un discours du directeur du parc pour soutenir l'armée américaine en Irak. A l'issue de la projection, la plupart des spectacteurs leur firent une "standing ovation".
Cap sur Las Vegas, ville de jeux et de la mégalomanie en plein désert. Après avoir été subjuguée de trouver une mini-Tour Eiffel, l'Opéra de Paris, le pont Alexandre III et l'Arc de Triomphe, elle décida d'aller admirer le spectacle des chutes d'eau devant l'hôtel Bellagio. Comme d'habitude, les Américains y ont mis les moyens: les fontaines et cascades d'eau en musique étaient splendides. Ma cousine fût pourtant beaucoup plus surprise par l'accompagnement musical du spectacle. Le refrain, repris par les Américains assistant au spectacle, "I am proud to be an American", le tout pendant ¼ d'heure. Elle avait bien entendu parler des écoliers américains chantant tous les matins le "Pledge of Allegiance" mais là cela dépassait son imagination... Oserait-on ailleurs affirmer ainsi sa fierté nationale?
Direction la côte ouest avec Los Angeles. Toujours la démesure: une ville gigantesque aux multiples facettes, du plus riche au plus pauvre, du plus exubérant au plus conservateur. Une ville où si vous parlez l'espagnol, vous pouvez tout autant vous sentir chez vous…Les Mexicains, représentant plus du tiers de la population en Californie, sont eux aussi fiers d'être en Amérique et de pouvoir réaliser leur rêve américain.
Ma cousine est restée très partagée sur ces témoignages « pro-américains » y voyant un certain nationalisme idiot et dangereux et un vrai patriotisme associé à la fierté de son pays qui fait bouger des montagnes et réaliser ses rêves...